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Douleur pendant l’allaitement : pourquoi j’ai mal au sein et que faire ?

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hannaelcontact
il y a 8 heures
8 min de lecture

Maman allaitant son bébé avec une douleur pendant l’allaitement

Si tu es en train de chercher une solution à 3 h du matin, le téléphone collé à la joue pendant que bébé tète, c’est que cette douleur dure probablement depuis un moment déjà.


Tu n’es pas en train de t’inquiéter pour rien. Une douleur au sein ou au mamelon pendant l’allaitement peut avoir plusieurs causes. Et lorsqu’elle persiste, le plus important n’est pas forcément de trouver rapidement quelque chose pour la faire taire. C’est d’abord de comprendre pourquoi tu as mal.


Une maman est venue me voir récemment en consultation avec une douleur au sein installée depuis plusieurs jours. On lui avait déjà conseillé des bouts de sein pour la soulager.


Un conseil donné avec de bonnes intentions : diminuer la douleur pour qu’elle puisse continuer à allaiter.


Sauf que la douleur était toujours là. Et pour cause : personne n’avait encore vraiment cherché ce qui pouvait l’expliquer.


C’est une situation que je rencontre régulièrement en consultation d’allaitement.

Et elle m’a donné envie d’écrire cet article, parce qu’il existe parfois un chaînon manquant dans l’accompagnement de l’allaitement : évaluer avant de proposer un outil.



Douleur pendant l’allaitement : ce qu’il faut rechercher en premier


Une douleur pendant l’allaitement n’est pas un diagnostic. C’est un symptôme.


Et une douleur persistante peut avoir différentes origines : problème de prise du sein, position inconfortable, transfert de lait insuffisant, traumatisme du mamelon, inflammation, vasospasme, problème dermatologique ou encore difficulté fonctionnelle chez le bébé.


L’Academy of Breastfeeding Medicine recommande, face à une douleur persistante, d’évaluer l’histoire de l’allaitement, la mère et le bébé, ainsi que la tétée elle-même, afin de rechercher les facteurs susceptibles d’expliquer la douleur.


Cela paraît évident. Et pourtant, dans la réalité, on propose parfois une solution avant d’avoir pris le temps d’observer.


Observer une tétée complète


Lors d’une consultation, je ne regarde pas uniquement les premières secondes de la mise au sein. J’observe la tétée dans son ensemble.

Comment bébé ouvre-t-il la bouche ?

Comment prend-il le sein ?

Reste-t-il bien accroché ?

Glisse-t-il progressivement vers le bout du mamelon ?

Se réajuste-t-il très souvent ?

Entend-on des déglutitions ?

Le rythme de succion évolue-t-il au cours de la tétée ?

Et surtout : comment le sein et le mamelon ressortent-ils après la tétée ?


Une tétée peut sembler « bien se passer » de l’extérieur alors que la mère ressent une douleur importante ou que le transfert de lait n’est pas optimal. C’est pour cela que l’observation d’une tétée est une étape essentielle de l’évaluation.


Évaluer le transfert de lait


Un bébé peut rester longtemps au sein sans forcément transférer efficacement le lait.

On regarde donc différents éléments : les succions et les déglutitions, le comportement du bébé pendant la tétée, l’état du sein après la tétée, les couches et surtout l’évolution de la prise de poids.


L’objectif n’est pas de chronométrer une tétée ou de chercher une durée « idéale ».

Il est de vérifier que bébé reçoit suffisamment de lait et que la tétée est efficace et confortable pour les deux.


Les recommandations françaises sur l’allaitement maternel accordent également une place importante à l’observation de la position, de la prise du sein et du transfert de lait dans l’évaluation d’une difficulté d’allaitement.


Regarder la position et la prise du sein


Maman allaitant son bébé avec une douleur pendant l’allaitement

Avant d’ajouter un accessoire, il peut parfois être utile de modifier simplement l’installation.

La position du bébé, son orientation vers le sein, le soutien apporté au corps du bébé ou encore la façon dont le parent s’installe peuvent modifier considérablement la prise du sein.


Le Biological Nurturing, notamment développé par la sage-femme et chercheuse Suzanne Colson, propose de s’appuyer davantage sur les réflexes innés du nouveau-né et sur des positions semi-allongées. Ses travaux ont notamment étudié l’expression des réflexes néonataux favorisant la mise au sein.


Ce n’est pas une méthode miracle.


Mais parfois, changer la façon dont on installe le duo suffit à modifier complètement la tétée.


Pourquoi ai-je mal au mamelon pendant l’allaitement ?


Il n’existe pas une seule cause de douleur au mamelon. Une douleur peut notamment être liée à une prise du sein inadéquate ou traumatique, à une crevasse, à une inflammation, à un vasospasme ou à une affection dermatologique.


C’est pour cette raison qu’une douleur qui persiste mérite d’être évaluée plutôt que simplement masquée.


Et il est important de ne pas considérer automatiquement la douleur comme une conséquence « normale » de l’allaitement.


Un léger inconfort peut être fréquent lors des premiers jours, notamment lorsque le bébé apprend à prendre le sein. Mais une douleur importante, persistante ou qui s’aggrave n’a pas vocation à être simplement supportée.


Et si bébé avait un frein de langue ?


Le frein de langue, ou ankyloglossie, est régulièrement évoqué lorsqu’un bébé rencontre des difficultés au sein.

Une ankyloglossie restrictive peut effectivement être associée à certaines difficultés d’allaitement, notamment une prise du sein difficile, des douleurs mamelonnaires ou un transfert de lait insuffisant.


Mais attention au raccourci :

« bébé tète mal = frein de langue ».


Ce n’est pas aussi simple.


La présence d’un frein anatomique ne signifie pas automatiquement qu’il est responsable des difficultés. Ce qui compte, c’est son impact fonctionnel.

L’Academy of Breastfeeding Medicine recommande ainsi une évaluation globale de la fonction de la langue et de la tétée plutôt qu’un diagnostic basé uniquement sur l’apparence du frein.


Le bout de sein : utile dans certaines situations, mais pas pour tout

bout de sein

On t’a peut-être déjà conseillé un bout de sein. Et non, le bout de sein n’est pas « mauvais ».


C’est un outil qui peut avoir sa place dans certaines situations, notamment chez certaines femmes présentant une anomalie du mamelon.


Une étude randomisée publiée en 2026 a justement évalué l’utilisation des bouts de sein chez 660 femmes présentant des anomalies des mamelons.

Les chercheurs ont observé davantage d’allaitement exclusif à 2 et 3 mois dans le groupe utilisant un bout de sein, mais cette différence n’était plus observée à 6 mois. Les auteurs soulignent l’intérêt d’un usage ciblé, temporaire et accompagné.


Autrement dit :

le problème n’est pas le bout de sein en lui-même.


Le problème serait de l’utiliser comme réponse automatique à une douleur dont on n’a pas recherché la cause.


Si un bout de sein t’a été conseillé, les bonnes questions sont donc :

  • Pourquoi ai-je mal ?

  • A-t-on observé une tétée complète ?

  • Bébé prend-il correctement le sein ?

  • Le transfert de lait est-il efficace ?

  • Sa prise de poids est-elle satisfaisante ?

  • Le bout de sein améliore-t-il réellement la situation ?

  • Comment et quand pourra-t-on réévaluer son utilisation ?


Le bout de sein peut être un outil. Il ne doit pas devenir le diagnostic.

Le conseil de la pharmacienne

valentine hannaël pharmacienne facilitatrice en allaitement et experte en sommeil du tout petit

Si tu as mal au sein depuis plusieurs jours, ne cherche pas uniquement « le meilleur produit contre la douleur d’allaitement ».

Cherche surtout quelqu’un qui pourra regarder ce qui se passe pendant une tétée.

Une crème, un coussinet, une compresse ou un bout de sein peuvent parfois accompagner la situation.

Mais ils ne permettent pas nécessairement d’identifier la cause de la douleur.

Et si la douleur est importante, persistante ou associée à d’autres symptômes, une évaluation par un professionnel de santé formé à l’allaitement est particulièrement importante.

Qui consulter en cas de douleur pendant l’allaitement ?


Tu peux commencer par une sage-femme formée à l’accompagnement de l’allaitement, une consultante en lactation IBCLC ou un autre professionnel de santé ayant une formation spécifique en lactation.

Selon ce qui est retrouvé pendant l’évaluation, d’autres professionnels peuvent ensuite être nécessaires.


L’objectif n’est pas de multiplier les consultations. C’est de commencer par la bonne évaluation et d’orienter ensuite si nécessaire.


Tu as mal quand bébé tète : tu n’as pas à attendre que ça devienne insupportable


Si cette douleur dure depuis plusieurs jours, si elle revient à chaque tétée ou si elle t’amène à appréhender le moment où bébé va réclamer le sein, ce n’est pas quelque chose que tu dois simplement « supporter ».


Une consultation d’allaitement permet notamment de prendre le temps de revenir sur ton histoire, d’observer une tétée et de rechercher les facteurs qui peuvent expliquer la douleur.

Parfois, la solution est simple.

Parfois, plusieurs facteurs se combinent.

Et parfois, il faut orienter vers un autre professionnel.


Mais dans tous les cas, on commence par regarder ce qui se passe.



Avant même que la douleur n’arrive : préparer son allaitement


Beaucoup de difficultés d’allaitement apparaissent dès les premiers jours : installation, prise du sein, douleurs, engorgement, inquiétudes autour du poids de bébé…

Être informée avant la naissance ne garantit pas un allaitement sans difficulté.

Mais savoir quoi observer et surtout savoir quand demander de l’aide peut faire une vraie différence.

J’ai créé gratuitement mon ebook « Bien démarrer son allaitement » pour t’aider à poser de bonnes bases dès les premiers jours.

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À retenir


Cette maman n’a pas mal fait en suivant le conseil qu’on lui avait donné.

Et la personne qui lui a conseillé un bout de sein n’a probablement pas mal fait non plus. Elle cherchait à la soulager.

Mais soulager une douleur n’est pas la même chose que comprendre pourquoi elle est là.


Alors, avant d’empiler les crèmes, les coussinets, les accessoires ou les « astuces » :

on observe. On évalue. On cherche. Puis on choisit l’outil adapté.


Parce que parfois, tu n’as pas besoin d’une nouvelle astuce.

Tu as simplement besoin que quelqu’un prenne le temps de regarder avec toi ce qui se passe.


FAQ

J’ai mal au sein quand mon bébé tète : que faire ?

Une douleur persistante pendant l’allaitement mérite une évaluation. L’idéal est de pouvoir observer une tétée complète afin d’évaluer la prise du sein, le transfert de lait et les éventuels facteurs maternels ou infantiles pouvant expliquer la douleur.

Un bout de sein peut diminuer certaines douleurs, mais il ne traite pas nécessairement leur cause. Si la douleur persiste malgré son utilisation, il est pertinent de faire réévaluer la prise du sein, le transfert de lait et les autres causes possibles de douleur.

Une sensibilité ou un inconfort léger peuvent être fréquents lors des premiers jours. En revanche, une douleur importante, persistante ou qui s’aggrave ne doit pas être considérée comme une étape obligatoire de l’allaitement et mérite une évaluation.

Non. La présence d’un frein de langue ne signifie pas qu’il est responsable des difficultés d’allaitement. L’évaluation doit prendre en compte la fonction de la langue, la prise du sein, le transfert de lait, la douleur maternelle et la croissance du bébé.

Il n’est pas nécessaire d’attendre deux semaines si la douleur est importante ou si elle compromet ton allaitement. Une douleur persistante, importante ou qui s’aggrave justifie de demander conseil rapidement à un professionnel formé à l’allaitement.



maman allaitant sereinement son bébé après avoir réglé la cause de sa douleur au mamelon

Sources scientifiques

  • Berens P, Eglash A, Malloy M, Steube AM. ABM Clinical Protocol #26: Persistent Pain with Breastfeeding. Breastfeeding Medicine. 2016;11(2). DOI: 10.1089/bfm.2016.29002.pjb.

  • ANAES. Allaitement maternel – Mise en œuvre et poursuite dans les 6 premiers mois de vie de l’enfant. 2002.

  • Colson SD, Meek JH, Hawdon JM. Optimal positions for the release of primitive neonatal reflexes stimulating breastfeeding. Early Human Development. 2008;84(7):441–449. DOI: 10.1016/j.earlhumdev.2007.12.003.

  • Academy of Breastfeeding Medicine. Position Statement on Ankyloglossia in Breastfeeding Dyads. 2021.

  • Chawanpaiboon S, Anuwutnavin S, Pooliam J. Effect of Nipple Shield Use on Exclusive Breastfeeding up to 6 Months in Mothers with Nipple Abnormalities. International Journal of Women's Health. 2026;18. DOI: 10.2147/IJWH.S601072.

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