top of page

Sevrage : pourquoi cette tristesse te submerge (et ce qu'elle dit de ton allaitement

  • Photo du rédacteur: hannaelcontact
    hannaelcontact
  • il y a 2 jours
  • 7 min de lecture

Par l'Association Hannaël — accompagnement sommeil, allaitement et lien parent-enfant


Mère en câlin avec son enfant pendant la transition du sevrage

"Je pensais être soulagée. Je suis juste triste"


Tu t'attendais peut-être à ça pour la fin de grossesse, pour le baby blues des premiers jours. Pas pour la dernière tétée.

Et pourtant : boule dans la gorge, larmes qui montent sans prévenir, sensation étrange que quelque chose se referme. Certaines mamans me disent que c'est aussi fort que le vertige des débuts d'allaitement — quand tout était nouveau, submergeant, difficile à mettre en mots.

Ce n'est pas dans ta tête. Ce n'est pas "juste des hormones qui s'affolent". C'est une transition, au sens propre : la fin d'une relation qui n'existera plus jamais sous cette forme.

En bref : la tristesse après le sevrage est un phénomène réel et documenté. Elle vient à la fois de la chute de prolactine et d'ocytocine (les hormones du calme et du lien) et du changement de relation avec ton enfant. Ce n'est ni anormal, ni un manque de gratitude pour ce que tu as vécu.

Ce n'est pas "juste" arrêter de nourrir

L'allaitement, tu le sais mieux que quiconque, ce n'est pas que de la nutrition. Un biberon donne du lait ; il ne donne pas ce moment où tu es la seule au monde à pouvoir apaiser ton enfant.

Pendant l'allaitement, tu es irremplaçable. Au sevrage, tu redeviens... remplaçable. N'importe qui peut donner un biberon ou un verre. C'est une bascule identitaire autant que physique, et plusieurs psychologues périnatalité le décrivent comme un authentique travail de deuil — même quand le sevrage est choisi, désiré, voire soulageant.

C'est aussi ce qui rend l'accompagnement allaitement utile jusqu'au bout du parcours, pas seulement au démarrage.


Alors non, on ne juge pas celles qui n'ont pas allaité : ce n'est pas une question de valeur. Mais pour celles qui l'ont vécu, l'allaitement fait partie d'elles, et sa fin mérite d'être reconnue comme un vrai passage, pas balayée d'un "bon débarras" ou d'un "elle s'y fera".


Ce qui se passe réellement dans ton corps

Voici ce que la littérature scientifique permet d'affirmer, et ce qu'elle ne permet pas encore d'affirmer — la nuance compte.


Ce qui est documenté : la prolactine et l'ocytocine, les deux hormones piliers de l'allaitement, chutent progressivement quand les tétées s'espacent puis s'arrêtent. La prolactine est associée à une sensation de calme et de bien-être ; l'ocytocine — l'hormone du lien — est libérée à chaque tétée et à chaque contact peau à peau. Un sevrage brutal comprime cette chute hormonale sur quelques jours au lieu de plusieurs semaines, ce qui explique pourquoi un arrêt rapide est souvent vécu de façon plus violente qu'un sevrage progressif.


Ce qui reste une hypothèse, pas une certitude : le lien exact entre cette chute hormonale et la tristesse ressentie n'est pas complètement élucidé sur le plan physiologique — les sources scientifiques elles-mêmes le disent explicitement. Une étude turque de 2025 (Sari, Ozten Dalkiran, Arda & Jahrami, Healthcare, DOI 10.3390/healthcare13050557) a mesuré une corrélation entre le niveau de "disponibilité au sevrage" des mères et leur score de dépression au Beck Depression Inventory-II — mais une corrélation n'est pas une preuve de mécanisme. Je ne peux pas t'affirmer pourquoi précisément ton corps réagit ainsi ; je peux seulement te confirmer que c'est un phénomène réel, documenté, et que tu n'es pas seule à le vivre.


Avant de mettre cette tristesse sur le dos du sevrage : et si c'était autre chose ?

C'est le réflexe le plus utile que je puisse te transmettre : la fatigue intense, le brouillard mental, l'irritabilité et la tristesse post-sevrage se superposent presque trait pour trait aux symptômes d'un problème thyroïdien post-partum ou d'une carence en vitamine B12.


La thyroïdite du post-partum touche environ 5 à 10 % des femmes dans l'année qui suit l'accouchement (NCBI StatPearls, 2025) — et elle est fréquemment confondue avec un simple coup de blues, y compris par les mères elles-mêmes. Une carence en B12, elle aussi courante en post-partum et en lactation prolongée, a été associée à un risque accru de symptômes dépressifs (étude transversale, PMC7890831).


Le conseil de la pharmacienne

valentine association hannael accompagnement sommeil allaitement et lien parent enfant

Si la tristesse persiste au-delà de deux à trois semaines, si elle s'accompagne de fatigue disproportionnée, de prise ou perte de poids inexpliquée, de palpitations ou de frilosité, ce n'est pas "dans ta tête" non plus — c'est un motif légitime pour demander à ton médecin un bilan TSH, T4, et un dosage de la B12 et de la vitamine D. Ce n'est pas contradictoire avec l'explication émotionnelle du sevrage : les deux peuvent coexister, et seul un dosage sanguin permet de trancher.



Et ton enfant, dans tout ça?

Lui aussi traverse une vraie transition. Tristesse, colère, demande de bras plus insistante, sommeil qui se dégrade temporairement : tout ça est cohérent avec l'ampleur du changement qu'il vit. Ce n'est pas un caprice, ce n'est pas un retour en arrière — c'est un ajustement.


La bonne posture n'est pas "il s'y fera" mais accueillir : nommer ce qui se passe, rester disponible, et surtout transposer le lien plutôt que le supprimer. Le contact physique, le regard, la disponibilité qui existaient à la tétée peuvent se déplacer vers d'autres formes de proximité : le portage physiologique, tenir la main, un temps de jeu au sol dédié, un rituel du soir renforcé. Le lien ne s'arrête pas avec la tétée ; il change de forme.


Portage physiologique pour transposer le lien après le sevrage

Le sommeil qui se dégrade temporairement pendant le sevrage suit d'ailleurs la même logique que la régression du sommeil à 4 mois : une étape développementale, pas un problème à corriger dans l'urgence.


Une précision importante ici, et je le dis clairement : les méthodes de sevrage qui reposent sur le dégoût ou l'éloignement forcé — enduire le sein de moutarde, de piment, ou écarter physiquement l'enfant de sa mère pour interrompre la tétée — ne sont pas des détails anecdotiques. Une étude publiée dans Healthcare (2025) documente que ces pratiques de sevrage "par le dégoût" (poivre, sauce tomate, etc.) sont associées à un vécu maternel plus négatif du sevrage.


Je peux te le dire sans détour : allaitement libre ne veut pas dire que tout est permis dans la façon d'y mettre fin. La brutalité de la méthode compte autant que le moment choisi.


Se célébrer lors d'une tristesse au sevrage de l'allaitement: pourquoi ce n'est pas accessoire

Symboliquement, l'ocytocine qui se dirigeait vers l'allaitement va "réapprendre" à circuler ailleurs. Rien d'obligatoire ni de magique là-dedans — mais marquer le passage aide concrètement à ne pas banaliser la transition. Une photo de la dernière tétée. Un rendez-vous chez le coiffeur. Un bijou fait à partir de son lait. Une simple fleur achetée pour soi. L'objet importe moins que le geste : se dire, factuellement, "je mérite de reconnaître ce que je viens de traverser."


Ce n'est pas de la coquetterie. C'est le contraire de laisser filer une expérience intense sans lui donner de forme — et beaucoup de femmes, des décennies plus tard, racontent encore leur allaitement avec la même précision émotionnelle que leur accouchement.


Ce que je veux que tu retiennes

Et si ton allaitement a été écourté, contrarié, tiré à la seringue, différent de ce que tu espérais : il compte tout autant. Ce que tu en retires — une force, une fierté d'avoir tenu, une expérience qui t'a rendue plus solide ou plus reliée à d'autres mères — a la même valeur qu'un allaitement long et fluide. L'allaitement, sous toutes ses formes, reste une expérience de vie à part entière.


Je ne suis pas médecin ni psychologue : si la tristesse persiste, s'intensifie, ou s'accompagne de pensées noires, parle-en à ton médecin, ta sage-femme ou un professionnel de la santé mentale périnatale. Je peux t'accompagner dans la transition du sevrage et valider ce que tu ressens, mais je ne pose pas de diagnostic de dépression du post-partum.


Tu n'as pas à traverser ça seule

Si la peur (allergies, nouveaux aliments, réactions de ton enfant) ou la tristesse prennent trop de place au cours du sevrage de l'allaitement, deux options concrètes, selon ce dont tu as besoin :



Je comprends ce que tu vis. Ce n'est pas juste "la fin de l'allaitement" — c'est une étape qui mérite d'être accompagnée comme telle.


Sources


À retenir


  • La tristesse après le sevrage de l'allaitement est réelle et documentée — pas "dans ta tête", pas un manque de gratitude.

  • Elle vient en partie de la chute de prolactine et d'ocytocine, mais le lien exact reste une hypothèse scientifique, pas une certitude.

  • Avant de tout mettre sur le compte du sevrage : si la fatigue ou la tristesse dépassent 2-3 semaines, demande un bilan TSH + B12 + vitamine D à ton médecin.

  • Ton enfant traverse sa propre transition : accueille ses émotions plutôt que d'attendre qu'"il s'y fasse", et transpose le lien (portage, contact, temps dédié).

  • Les méthodes de sevrage par dégoût (moutarde, piment) ou par éloignement forcé sont associées à un vécu plus négatif — la manière de sevrer compte autant que le moment.

  • Marquer la fin (photo, rituel, geste pour toi) aide à ne pas banaliser une expérience qui a compté.

  • Un allaitement écourté ou contrarié a la même valeur qu'un allaitement long : ce n'est pas la durée qui fait la richesse du parcours.



Questions fréquentes

Est-ce normal de pleurer après le sevrage ?

Oui. C'est un phénomène documenté, lié en partie à la baisse de prolactine et d'ocytocine, et au changement de relation avec son enfant. Ce n'est pas systématique, mais ce n'est pas anormal non plus.

Si la tristesse dépasse deux à trois semaines ou s'accompagne de fatigue intense, prise/perte de poids, palpitations : demande un bilan TSH, T4 et vitamine B12/D à ton médecin.

Un sevrage progressif limite l'intensité de la chute hormonale et semble associé à un vécu plus doux, pour la mère comme pour l'enfant, comparé à un arrêt brutal ou à des méthodes de dégoût (moutarde, piment).

En transposant le lien : portage, contact physique, temps dédié, plutôt qu'en attendant qu'"il s'y fasse" sans accompagnement.


Commentaires


bottom of page