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Pourquoi je ne te dirai jamais que ton bébé "ne fait pas ses nuits

  • Photo du rédacteur: hannaelcontact
    hannaelcontact
  • il y a 1 heure
  • 5 min de lecture
Maman épuisée berçant son bébé la nuit, réveil nocturne normal

Il est 3h du matin. Tu berces, tu allaites, tu comptes les heures de sommeil perdues. Et une petite voix — la tienne, celle d'une copine, celle du carnet de santé — te souffle :

"À cet âge-là, il devrait faire ses nuits."

Je vais te dire un truc que je ne dis jamais en consultation, et que je ne dirai jamais ici non plus : non, ton bébé ne "devrait" rien du tout.

Pas parce que je veux te rassurer à bon compte. Parce que c'est ce que dit la recherche.


"Faire ses nuits", un jalon qui n'a jamais existé scientifiquement


On te vend "faire ses nuits" comme une étape du développement, au même titre que marcher ou dire "papa". Sauf que ça n'en est pas une.


L'étude de référence sur le sujet est celle de Marie-Hélène Pennestri (Université McGill) et son équipe, publiée dans Pediatrics en décembre 2018 sur près de 400 nourrissons. Les chiffres :

  • À 6 mois, 38 % des bébés en bonne santé ne dormaient pas encore 6 heures d'affilée la nuit — et 57 % ne tenaient pas 8 heures.

  • À 12 mois, 28 % ne faisaient toujours pas 6 heures consécutives.

  • Petite différence entre filles et garçons à 6 mois : 48 % des filles dormaient 8h d'affilée contre 39 % des garçons — un écart réel, mais modeste, et qui ne dit rien de la durée totale de sommeil.


Et surtout — c'est le résultat le plus important de l'étude, et celui qu'on ne cite presque jamais : aucune corrélation trouvée entre les réveils nocturnes et le développement psychomoteur, cognitif, ou l'humeur maternelle.


Un bébé qui se réveille à 9 mois n'est ni en retard, ni "mal dressé", ni la preuve que tu as fait quelque chose de travers.


Pourquoi je refuse qu'on dise que bébé ne fait pas ses nuits en consultation


Parce que "il ne fait pas ses nuits" sous-entend trois choses fausses :

  1. Qu'il existe une norme. Il n'y en a pas. La variabilité inter-individuelle est énorme — et une étude plus récente de la même équipe (Pennestri et al., Sleep Medicine, 2021) montre même une forte variabilité intra-individuelle : un bébé qui dort 8h une nuit peut se réveiller 3 fois la suivante. Ce n'est pas un échec, c'est la norme.

  2. Que c'est un problème à résoudre. Le sommeil fragmenté du nourrisson a une fonction : régulation thermique, prévention des hypoglycémies, maintien de la lactation, protection contre la mort subite du nourrisson via un sommeil plus léger.

  3. Que c'est de ta faute — trop porté, trop allaité, trop câliné. Aucune de ces pratiques n'est identifiée comme cause de réveils "anormaux" dans la littérature. Ce sont des réponses à un besoin, pas des erreurs éducatives.


Donc quand une maman me dit "il ne fait pas ses nuits", je reformule :

"il se réveille encore la nuit, et c'est cohérent avec son âge."


 Ce n'est pas de la sémantique. C'est la différence entre un diagnostic et une description.


Ce qu'il se passe réellement dans le cerveau de ton bébé


Le sommeil du nourrisson n'est pas une version miniature du sommeil adulte :

  • Cycles de 45 à 60 minutes (contre 90 chez l'adulte) → mécaniquement, plus de transitions, donc plus d'occasions de se réveiller.

  • Sommeil paradoxal représentant environ 50 % du temps de sommeil chez le nouveau-né, contre 20-25 % chez l'adulte.

  • Régulation neurologique du cycle veille-sommeil encore immature, notamment la sécrétion de mélatonine qui ne se met en place que progressivement.


Schéma cycles de sommeil bébé versus adulte

Se réveiller entre chaque cycle est donc attendu. Ce qui évolue avec la maturation, c'est la capacité à se rendormir seul — pas la fréquence des micro-réveils eux-mêmes, qui restent élevés bien après 1 an.


Si les réveils de ton bébé s'accompagnent de hurlements soudains et qu'il semble inconsolable, ça peut aussi être autre chose qu'un simple réveil de fin de cycle — je détaille la différence dans un autre article.


Et le "laisser pleurer" quand bébé ne fait pas ses nuits, dans tout ça ?


Je ne le recommande pas en première intention, et voici pourquoi factuellement : plusieurs études (dont celle de Middlemiss et al., Early Human Development, 2012) montrent qu'après extinction du pleur, le cortisol du bébé peut rester élevé même quand il a cessé de pleurer et s'est "rendormi" — signe que le stress physiologique persiste au-delà du signal comportemental visible.


Je ne te dis pas "c'est interdit". Je te dis : ce n'est pas neutre, et le silence ne veut pas dire apaisement.


Le conseil de la pharmacienne

Consultation individuelle sommeil bébé avec facilitatrice en allaitement à Eaubonne

Ce qui aide vraiment (et que je peux t'aider à mettre en place)

  • Observer les vraies fenêtres d'éveil de ton bébé plutôt qu'un horaire théorique

  • Un rituel court et répété, pas un protocole rigide

  • Accepter que la "régression" à 4, 8 ou 12 mois n'en est pas une — c'est une étape (poussée de croissance, acquisition motrice, angoisse de séparation)

  • Organiser ton propre repos, en parallèle — parce que ta fatigue est un sujet légitime, indépendamment de ce que fait son sommeil


Si tu es épuisée, que tu lis partout que ton bébé ne fait pas ses nuits et que tu ne sais plus si ce que tu vis est "normal", c'est exactement ce qu'on regarde ensemble en consultation individuelle sommeil — pas pour "corriger" ton bébé, mais pour ajuster ce qui, dans votre organisation, peut vraiment bouger.


FAQ


À quel âge un bébé fait-il ses nuits ?

Il n'y a pas d'âge fixe. À 6 mois, 38 % des bébés ne dorment pas encore 6h d'affilée ; à 12 mois, c'est encore le cas pour 28 % d'entre eux (Pennestri et al., 2018).


Non, aucun seuil de poids n'est associé de façon fiable à la consolidation du sommeil. La maturation neurologique, le tempérament et le contexte familial pèsent davantage.

Les méthodes d'extinction peuvent réduire les pleurs visibles à court terme, mais des marqueurs de stress physiologique (cortisol) peuvent persister. Ce n'est pas une décision à prendre à la légère ni sur un forum.

Non, c'est une norme biologique qui soutient la lactation et régule les émotions du bébé. Ça ne devient un sujet que si la situation ne te convient plus, à toi.


Références
  • Pennestri, M.-H., Laganière, C., Bouvette-Turcot, A.-A., Pokhvisneva, I., Steiner, M., Meaney, M. J., & Gaudreau, H. (2018). Uninterrupted Infant Sleep, Development, and Maternal Mood. Pediatrics, 142(6), e20174330. https://doi.org/10.1542/peds.2017-4330
  • Pennestri, M.-H., Burdayron, R., Kenny, S., Béliveau, M.-J., & Dubois-Comtois, K. (2021). Sleeping through the night or through the nights? Sleep Medicine.
  • Middlemiss, W., Granger, D. A., Goldberg, W. A., & Nathans, L. (2012). Asynchrony of mother–infant hypothalamic–pituitary–adrenal axis activity following extinction of infant crying responses induced during the transition to sleep. Early Human Development, 88(4).
  • Mindell, J. A. et al. (2010). Cross-cultural differences in infant and toddler sleep. Sleep Medicine.
 
 
 

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